Ne jamais intervenir contre la souveraineté d’un État
Aujourd’hui, les peacekeeping operations (“opérations de maintien de la paix”) font
l’orgueil de l’ONU. Le 29 mai a
été célébrée pour la deuxième fois aux Nations Unies la journée internationale
des forces de peacekeeping de l’ONU qui représentent,
comme l’a dit à cette occasion Kofi Annan, «le meilleur moyen d’assurer une
paix durable». Toujours à propos de peacekeeping, s’adressant au Conseil de Sécurité le 17 mai, Kofi
Annan, avait rappelé devant un auditoire absorbé par les problèmes de l’Irak
que, dans nos efforts pour construire la paix, «nous ne devons jamais perdre de
vue le fait que nous sommes là-bas pour apporter de l’aide et que c’est à la
population locale de prendre l’initiative des décisions qui concernent sa
propre vie».
Parmi les modalités de maintien de la paix, les rédacteurs de la Charte de l’ONU avaient cité, en 1945, la médiation, l’investigation, la négociation, mais non les “opérations de maintien de la paix”. Celles-ci ont fait leur apparition par la suite comme “forces d’urgence”, avec les célèbres “Casques bleus” qui ont débuté en Égypte en 1956 après la crise du Canal de Suez. Bien que non prévues par la lettre de la Charte de l’ONU, elles ont permis d’en appliquer l’esprit dans les circonstances nouvelles et changeantes des rapports internationaux. Elles ont été insérées dans le chapitre VI de la Charte, là où il est question de résoudre les différends internationaux par des moyens pacifiques, et non pas au chapitre VII concernant les cas dans lesquels le recours à la force est légitime. Ce choix constitue leur grandeur mais aussi leur faiblesse, car les opérations de maintien de la paix risquent de devoir céder - et elles y sont parfois contraintes - à la mauvaise volonté de qui, avec une violence à laquelle nul ne s’oppose, les oblige à abandonner le terrain, ou sape leur efficacité.
L’histoire des cinquante années de peacekeeping est marquée par nombre de circonstances nouvelles qui se sont conjuguées pour faire évoluer considérablement la nature, la mission et l’organisation de ces opérations. La chute du Mur de Berlin en 1989 a constitué un facteur décisif. Jusqu’alors, il s’était agi tout au plus de résoudre des conflits entre États si bien que les peacekeeping operations avaient pour tâche de contrôler le cessez-le-feu entre les parties en guerre et le respect des engagements souscrits précédemment pour obtenir la paix aux dates établies. 1989 marque l’apparition de conflits de plus en plus fréquents à l’intérieur des États, entre différentes factions et des oppositions armées. Aujourd’hui, la Charte de l’ONU ne prévoit pas la possibilité d’intervenir contre la souveraineté d’un État membre sans l’assentiment exprès de son gouvernement. De plus, dans les conflits à l’intérieur des États, les peacekeepers ont toujours été chargés de protéger les populations évacuées et d’assurer la distribution humanitaire des biens fondamentaux, ce qui exigeait souvent le recours à la force, alors que les soldats chargés du maintien de la paix ne disposaient pas d’un mandat précis de cette nature. Le peacekeeping n’a pas tardé à assumer une caractère pluridimensionnel qui englobe le peacemaking: monitorage ou mise sur pied d’accords de paix, assistance durant la transition politique, la reconstruction démocratique et économique, organisation de l’aide humanitaire et du retour des réfugiés, supervision ou carrément organisation des élections, monitorage du respect des droits de l’homme, déminage, désarmement des milices et rassemblement des armes.
La complexité et le caractère multidimensionnel du peacekeeping continuent à s’imposer face aux défis toujours nouveaux que posent des scénarios internationaux en constante transformation. En même temps, il semble que s’affirment aussi la confiance en la valeur de cet instrument de paix et la détermination de ceux qui entendent répondre de façon appropriée aux nouveaux défis, en termes de droit international, de disponibilité des contingents et de fonds. Actuellement, 53 000 soldats sont engagés dans seize missions de paix (Afghanistan, Bosnie-Herzégovine, Burundi, Côte d’Ivoire, République Démocratique du Congo, Érythrée et Éthiopie, Géorgie, Haïti, Irak, Libéria, Libye, Moyen-Orient, Sierra Leone, Somalie, Timor Est, Sahara occidental). Le Conseil de Sécurité approuve actuellement une autre mission pour le Soudan.
Les dépenses augmentent elles aussi. Aujourd’hui, environ trois milliards de dollars sont nécessaires. Cependant, trois milliards de dollars pour le maintien de la paix ne représentent que 0,5% à peine des dépenses militaires au niveau mondial (dont une grande partie n’est pas destinée au maintien de la paix!), et apparaissent fort bien dépensés si l’on pense que, selon des calculs dignes de foi, les guerres civiles entraînent annuellement des pertes économiques de la valeur de 128 milliards de dollars!
La mission au Burundi, la dernière née des missions de paix, a été engagée le 1er juin 2004 et une initiative de l’Église locale mérite d’être signalée ici. Les évêques de ce pays ont voulu, avec sagesse, précéder la mission de l’ONU pour lui adjoindre une action sur le plan culturel, social et spirituel visant à la réconciliation nationale. Dans cette intention, ils ont créé en février dernier la Commission pour la paix et la réconciliation de l’Église catholique au Burundi. Avec l’appui de fondations travaillant pour la paix et de la Conférence épiscopale américaine, une délégation de Burundais a participé récemment à Washington à un mois de formation et d’information spécifique sur ce thème. À la fin de ce séjour, évêques et laïcs, membres de la Commission, ont rencontré différents fonctionnaires et personnalités de l’ONU à New York, instaurant des rapports très positifs avec les responsables de la mission de paix et exposant avec clarté et détermination leurs propres projets de paix pour leur pays. C’est aussi grâce à cette preuve de bonne volonté que le secrétaire de l’ONU Koffi Annan a pu conclure son discours officiel du 29 mai par ces mots: «L’opération de peacekeeping la plus coûteuse coûte beaucoup moins que la guerre la plus économique».
Parmi les modalités de maintien de la paix, les rédacteurs de la Charte de l’ONU avaient cité, en 1945, la médiation, l’investigation, la négociation, mais non les “opérations de maintien de la paix”. Celles-ci ont fait leur apparition par la suite comme “forces d’urgence”, avec les célèbres “Casques bleus” qui ont débuté en Égypte en 1956 après la crise du Canal de Suez. Bien que non prévues par la lettre de la Charte de l’ONU, elles ont permis d’en appliquer l’esprit dans les circonstances nouvelles et changeantes des rapports internationaux. Elles ont été insérées dans le chapitre VI de la Charte, là où il est question de résoudre les différends internationaux par des moyens pacifiques, et non pas au chapitre VII concernant les cas dans lesquels le recours à la force est légitime. Ce choix constitue leur grandeur mais aussi leur faiblesse, car les opérations de maintien de la paix risquent de devoir céder - et elles y sont parfois contraintes - à la mauvaise volonté de qui, avec une violence à laquelle nul ne s’oppose, les oblige à abandonner le terrain, ou sape leur efficacité.
L’histoire des cinquante années de peacekeeping est marquée par nombre de circonstances nouvelles qui se sont conjuguées pour faire évoluer considérablement la nature, la mission et l’organisation de ces opérations. La chute du Mur de Berlin en 1989 a constitué un facteur décisif. Jusqu’alors, il s’était agi tout au plus de résoudre des conflits entre États si bien que les peacekeeping operations avaient pour tâche de contrôler le cessez-le-feu entre les parties en guerre et le respect des engagements souscrits précédemment pour obtenir la paix aux dates établies. 1989 marque l’apparition de conflits de plus en plus fréquents à l’intérieur des États, entre différentes factions et des oppositions armées. Aujourd’hui, la Charte de l’ONU ne prévoit pas la possibilité d’intervenir contre la souveraineté d’un État membre sans l’assentiment exprès de son gouvernement. De plus, dans les conflits à l’intérieur des États, les peacekeepers ont toujours été chargés de protéger les populations évacuées et d’assurer la distribution humanitaire des biens fondamentaux, ce qui exigeait souvent le recours à la force, alors que les soldats chargés du maintien de la paix ne disposaient pas d’un mandat précis de cette nature. Le peacekeeping n’a pas tardé à assumer une caractère pluridimensionnel qui englobe le peacemaking: monitorage ou mise sur pied d’accords de paix, assistance durant la transition politique, la reconstruction démocratique et économique, organisation de l’aide humanitaire et du retour des réfugiés, supervision ou carrément organisation des élections, monitorage du respect des droits de l’homme, déminage, désarmement des milices et rassemblement des armes.
La complexité et le caractère multidimensionnel du peacekeeping continuent à s’imposer face aux défis toujours nouveaux que posent des scénarios internationaux en constante transformation. En même temps, il semble que s’affirment aussi la confiance en la valeur de cet instrument de paix et la détermination de ceux qui entendent répondre de façon appropriée aux nouveaux défis, en termes de droit international, de disponibilité des contingents et de fonds. Actuellement, 53 000 soldats sont engagés dans seize missions de paix (Afghanistan, Bosnie-Herzégovine, Burundi, Côte d’Ivoire, République Démocratique du Congo, Érythrée et Éthiopie, Géorgie, Haïti, Irak, Libéria, Libye, Moyen-Orient, Sierra Leone, Somalie, Timor Est, Sahara occidental). Le Conseil de Sécurité approuve actuellement une autre mission pour le Soudan.
Les dépenses augmentent elles aussi. Aujourd’hui, environ trois milliards de dollars sont nécessaires. Cependant, trois milliards de dollars pour le maintien de la paix ne représentent que 0,5% à peine des dépenses militaires au niveau mondial (dont une grande partie n’est pas destinée au maintien de la paix!), et apparaissent fort bien dépensés si l’on pense que, selon des calculs dignes de foi, les guerres civiles entraînent annuellement des pertes économiques de la valeur de 128 milliards de dollars!
La mission au Burundi, la dernière née des missions de paix, a été engagée le 1er juin 2004 et une initiative de l’Église locale mérite d’être signalée ici. Les évêques de ce pays ont voulu, avec sagesse, précéder la mission de l’ONU pour lui adjoindre une action sur le plan culturel, social et spirituel visant à la réconciliation nationale. Dans cette intention, ils ont créé en février dernier la Commission pour la paix et la réconciliation de l’Église catholique au Burundi. Avec l’appui de fondations travaillant pour la paix et de la Conférence épiscopale américaine, une délégation de Burundais a participé récemment à Washington à un mois de formation et d’information spécifique sur ce thème. À la fin de ce séjour, évêques et laïcs, membres de la Commission, ont rencontré différents fonctionnaires et personnalités de l’ONU à New York, instaurant des rapports très positifs avec les responsables de la mission de paix et exposant avec clarté et détermination leurs propres projets de paix pour leur pays. C’est aussi grâce à cette preuve de bonne volonté que le secrétaire de l’ONU Koffi Annan a pu conclure son discours officiel du 29 mai par ces mots: «L’opération de peacekeeping la plus coûteuse coûte beaucoup moins que la guerre la plus économique».