Accueil >
Archives >
12 - 2010 >
«Où Benoît resplendit aujourd’hui encore par ses miracles» Saint Grégoire le Grand
«Où Benoît resplendit aujourd’hui encore par ses miracles»
Saint Grégoire le Grand
L’histoire de cet ancien monastère bénédictin racontée par l’abbé actuel: les premiers établissements monastiques de Benoît, les trésors artistiques et documentaires, les pèlerinages
par don Mauro Meacci

L’intérieur de l’église supérieure du Sacro Speco avec ses fresques de l’école siennoise de la seconde moitié du XIVe siècle
Le monastère du moine Romain, situé exactement au-dessus du Sacro Speco (la Sainte Grotte) s’appelait et s’appelle toujours Saint Blaise. Il a été utilisé à plusieurs reprises au cours des siècles comme ermitage; il est actuellement habité par des sœurs salésiennes.
Après trois ans environ de vie retirée, saint Benoît commença à réunir autour de lui de nombreux disciples et s’installa dans de petites constructions de la villa de Néron située plus bas, près de la digue qui formait le bassin de Subiaco; c’est là que surgira le monastère Saint Clément. Ces disciples étaient originaires de toutes les catégories sociales du temps; campagnards, nobles du patriciat romain et même “barbares”.
Le nombre des moines augmentant, saint Benoît les regroupa, selon la symbolique du collège des apôtres, en douze petits monastères dont chacun était habité par douze religieux ayant à leur tête un abbé.
Nous connaissons le nom de tous ces monastères et, sauf pour quelques-uns, leur emplacement exact. Mais nous connaissons peu leur histoire et il est facile d’imaginer qu’ils tombèrent rapidement en ruines.
Parmi ceux-ci se distingue le monastère de Santa Maria di Morrabotte qui se conservera pendant des siècles, habité par des ermites ou de petits groupes de moines en relation avec la communauté de Subiaco. Y vécut en particulier, au XIIIe siècle un grand ermite, le bienheureux Laurent Loricato (mort en 1243), renommé pour l’austérité et l’héroïcité de sa vie de pénitent. Ce lieu, connu aussi comme monastère ou ermitage du bienheureux Laurent, a continué, même dans les temps récents, à exercer un attrait particulier et des personnages du monde monastique et non monastique ont là trouvé un refuge de prière et un lieu d’inspiration. Je me souviens parmi ces derniers de don Giussani qui aimait fréquenter cet ermitage avec ses jeunes; ou encore du peintre américain Bill Congdon qui choisit l’ermitage comme retraite spirituelle et comme lieu privilégié de sa production artistique.
Après le départ, vers 529, de saint Benoît pour le Mont-Cassin, la vie monastique de Subiaco se concentra toujours plus dans le monastère de saint Sylvestre, situé un peu au-dessus de celui de Saint Clément, dans un lieu riche en eau mais moins humide et plus exposé au soleil. Ce monastère qui prendra par la suite le nom de Sainte Scholastique se développera progressivement jusqu’au moment où il acquerra sa configuration actuelle. Il s’est agrandi le long des parois du mont Taleo: la partie la plus ancienne du monastère se trouvait sur l’emplacement actuel de la cour de Notre-Dame de l’Assomption, puis, au VIII e-IXe siècle, l’édifice s’est développé au sud vers le bord de la vallée. Cet ensemble roman trouva son couronnement avec l’édification par l’abbé Humbert, en 1052, de la tour-campanile et avec le cloître cosmatesque du XIIe siècle. Le monastère s’agrandit ensuite vers l’Ouest avec la construction du cloître gothique du XIVe-XVe siècle et, pour finir, avec la construction du cloître de style renaissance commencé au XVIe siècle par l’abbé Cirillo di Montefiascone (1577-1581). Les bâtiments qui se trouvent devant Sainte Scholastique ont été récemment restaurés et abritent actuellement une hôtellerie de grande capacité. Cette évolution à travers les siècles et la présence concomitante dans cet édifice des types d’architecture les plus variés firent dire à Paul VI: «Ce monastère est un musée d’architecture».
Il est impossible de résumer en quelques mots l’histoire de la communauté de Subiaco: elle a certainement joué, à partir du IXe siècle un rôle de premier plan dans l’histoire du centre du Latium et en particulier de la haute vallée de l’Aniene. Malgré les remous de l’histoire, la communauté monastique et les abbés ont exercé sur les populations de ce territoire une profonde influence spirituelle, culturelle et sociale, qui a trouvé son expression concrète dans certaines institutions. Je voudrais m’arrêter sur la bibliothèque et sur les Archives de Subiaco qui, aujourd’hui encore, sont des instruments indispensables pour comprendre l’identité de la population locale. Vers le milieu du XV e siècle, la bibilothèque possédait dix mille manuscrits environ, ce qui la situait parmi les plus grandes de l’époque et le scriptorium exerçait déjà, depuis des siècles, une activité fort appréciée. Les Archives recueillaient, comme une terre féconde, des milliers et des milliers de documents qui racontent aujourd’hui encore non seulement la vitalité de l’histoire monastique de Subiaco mais aussi celle d’une terre alors riche et peuplée. C’est dans ce contexte, en 1464, qu’arrivèrent à Subiaco deux prêtre allemands, Conrad Sweynheym et Arnold Pannartz, grands experts de l’art tout nouveau de la typographie, qui, le 29 octobre 1465, terminèrent l’impression du très célèbre Divinae institutiones de Firmianus Lactance, le premier livre imprimé en Italie.
Suivant l’itinéraire des Dialogues grégoriens qui, après avoir décrit la vie de saint Benoît au Mont-Cassin, reviennent au Speco, où «il resplendit aujourd’hui encore par ses miracles» (Dialogorum libri II, 37), je voudrais à mon tour retourner là où tout prit naissance.
Nous savons peu de choses du destin de cette grotte après que saint Benoît fut descendu à la villa néronienne. La tradition veut que des ermites aient continué à vivre dans sa proximité et que des pèlerins, attirés par la renommée de sainteté de ce lieu, y soient montés. Au IXe siècle déjà, d’admirables fresques ornaient ces parois rupestres dont témoigne un fragment resté dans la grotte dite des pasteurs. On commença autour du XIe siècle à construire des édifices plus vastes et enfin, à partir du XIIIe siècle, une petite communauté commença à y habiter de façon stable, en restant toujours en relation avec la communauté de Sainte Scholastique et sous la direction de l’abbé de Subiaco. Les édifices acquirent rapidement le caractère grandiose que l’on peut encore admirer de nos jours et s’enrichirent au cours du temps d’une série de cycles de fresques splendides qui célèbrent de façon suggestive la vie et la gloire du Saint de Nursie qui est aujourd’hui vénéré comme le patron de l’Europe.
Combien de pèlerins et de fidèles sont montés là-haut! Ils ont laissé leurs traces dans les milliers de graffitis qui ornent, à vrai dire en les défigurant, les fresques mais qui expriment l’affection et le désir de se mettre sous la protection de saint Benoît dans le lieu que, justement, Pétrarque appelle le “limen paradisi” et qui eut toujours la protection de papes éminents, parmi lesquels figure Innocent III, dont l’image domine la partie inférieure de l’église du Speco.