Universalité et romanité
Rome est une ville universelle. Je peux ne pas sembler objectif, car j’y suis né et que j’y vis, mais ce n’est pas cette raison qui me pousse à avoir – que l’on me passe cette expression – “le culte de Rome”. Ici à Rome, on respire quelque chose d’universel, quelque chose sans quoi il est tout à fait impossible de juger adéquatement le reste du monde
Giulio Andreotti

La basilique Saint-Pierre
Rome est une ville universelle. Je peux ne pas sembler objectif, car j’y suis né et que j’y vis, mais ce n’est pas cette raison qui me pousse à avoir – que l’on me passe cette expression – “le culte de Rome”. Ici à Rome, on respire quelque chose d’universel, quelque chose sans quoi il est tout à fait impossible de juger adéquatement le reste du monde. Et si nous perdons ce sens de l’universalité, cet aspect qui pourrait être qualifié de sublime, nous sommes incapables de nous élever au plan de l’histoire et nous tombons dans la chronique.
Je ne voudrais pas apparaître factieux, et je n’ai jamais aimé l’autarcie, mais Rome, c’est Rome! Cette ville exerce une influence qui ne doit pas être sous-estimée, surtout sur ces pays qui attribuent encore une valeur à la tradition, alors que d’autres ne pensent qu’à regarder en avant, convaincus de vivre éternellement l’année zéro.
Universalité, cela veut aussi dire que l’Église romaine ne se sent jamais une faction, une partie, mais qu’elle se conçoit comme Église dans son intégrité, jouissant de la lumière perpétuelle que lui donnent sa provenance et sa destination spirituelles si particulières.
Les Collèges ecclésiastiques étrangers de Rome représentent un signe toujours actuel, mais un peu sous-estimé aujourd’hui, de l’universalité de l’Église. Fort différents par leur histoire et par leurs caractéristiques, mais avec un dénominateur commun: grâce à eux, il y a dans tous les diocèses du monde quelqu’un qui connaît la signification de l’universalité de Rome et de sa centralité dans l’Église, non seulement pour l’avoir étudiée dans les livres, mais parce que cette personne a vécu et vit encore cette universalité et cette centralité comme un réseau de relations, d’amitiés, d’expériences, d’échanges de connaissances. En outre, ces Collèges ecclésiastiques sont une composante essentielle de la grandeur de Rome: il arrive que leur simple présence mette considérablement en valeur les différents quartiers de la ville où ils se trouvent. Si par exemple le Séminaire Français ne se trouvait pas via di Santa Chiara, la place homonyme ne serait plus la même.
Le vénérable Collège Capranica est celui que je connais le mieux: lorsque j’étais enfant et que je fréquentais la paroisse de la place Capranica, Sainte-Marie-in-Aquiro, c’étaient les élèves plus âgés du Collège qui venaient nous faire le catéchisme. C’est la raison pour laquelle le Collège et la petite chapelle du premier étage, dédiée à sainte Agnès, ont laissé dans mon cœur une empreinte ineffaçable.
Nous autres, catholiques romains, nous devons de toute façon être reconnaissants du fait que notre ville ait ce caractère d’universalité, de point de référence, notamment à travers la présence de ces Collèges ecclésiastiques étrangers. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle notre revue, avec ses interviews et ses reportages, continue à leur réserver une grande attention.
Une dernière réflexion sur le consistoire du 20 novembre: je remarque qu’aucun nouveau cardinal n’a été créé dans des diocèses dirigés par des prélats en âge de voter dans un éventuel conclave. J’y vois, là aussi, l’une des caractéristiques de l’universalité de l’Église, en raison de laquelle on évite toujours de privilégier un aspect au détriment d’un autre. Au-delà des problèmes matériels que poserait la nomination d’un deuxième cardinal électeur dans un diocèse, on trouve toujours dans l’Église le souci constant de bien montrer que les cardinaux appartiennent à l’Église tout entière, et non pas seulement à l’Église locale dont ils proviennent. L’ensemble de leurs personnalités, si différentes les unes des autres, assume à son tour une incomparable signification de message universel. C’est pourquoi, aujourd’hui comme hier, il faut vivre le consistoire comme une ouverture d’horizons.