ITINÉRAIRES
Tiré du n° 12 - 2008
Les tombes des apôtres
Saint Jean
L’Agneau qui semble faible, c’est Lui le vainqueur
par Lorenzo Bianchi

Saint Jean
Le séjour de Jean à Éphèse, où, selon Irénée encore, il écrit son Évangile est interrompu, comme nous le disent les sources antiques, par la persécution de Domitien (empereur de 81 à 96) contre les chrétiens, probablement vers l’année 95. C’est là que prend naissance la tradition, rapportée par beaucoup d’auteurs anciens, de son voyage à Rome et de sa condamnation à être plongé dans une jarre de terre cuite remplie d’huile bouillante, supplice dont par miracle, il sort indemne. La source la plus ancienne qui nous parle de cet épisode est Tertullien, autour de l’année 200: «Si ensuite, tu vas en Italie, tu trouves Rome, où nous pouvons avoir accès nous aussi à l’autorité des apôtres. Comme elle est heureuse cette Église à laquelle les apôtres donnèrent à profusion la totalité de la doctrine en même temps que leur sang, où Pierre est semblable au Seigneur dans la passion, où Paul est couronné de la même mort que Jean Baptiste, où l’apôtre Jean, immergé, sans en subir aucun dommage, dans de l’huile bouillante, est condamné à l’exil dans une île» (Traité des prescriptions contre les Gentils, 36). On trouve un autre témoignage chez Jérôme qui, à la fin du IVe siècle, écrit: «Jean termina sa vie par une mort naturelle. Mais si nous lisons les histoires ecclésiastiques, nous apprenons qu’à cause de son témoignage, il fut lui aussi jeté dans un chaudron d’huile bouillante, dont il sortit, tel un athlète, pour recevoir la couronne du Christ, et que, tout de suite après, il fut relégué dans l’île de Patmos. Nous verrons alors que le courage du martyre ne lui fit pas défaut et qu’il but le calice du témoignage de la même façon que les trois enfants dans le feu du four, même si le persécuteur ne répandit pas son sang» (Commentaire à l’Évangile de Matthieu, 20, 22). Aux sources chrétiennes antiques sur le martyre de Jean à Rome, on peut maintenant en ajouter (grâce à une étude d’Ilaria Ramelli) une autre qui semble assez fiable: il s’agit de l’allusion du païen Juvénal (début du IIe siècle) qui dans la Satire IV critique Domitien en racontant l’épisode de la convocation du Sénat pour décider ce qu’il fallait faire d’une énorme poisson, venu de loin, apporté à l’empereur et destiné à être cuit dans un profond poêlon. À Rome, sur le lieu que la tradition assigne au martyre, près de la Porta Latina, à l’intérieur des Murs d’Aurélien, se dresse le petit temple octogonal, l’oratoire de San Giovanni in Oleo, dont la structure actuelle remonte à 1509 mais qui devait être présent (nous ne savons pas si c’était sous cette forme et s’il était à l’origine dédié au culte païen de Diane), depuis une époque sûrement antérieure à la construction de l’église voisine San Giovanni a Porta Latina, qui remonte à l’époque du pape Gélase Ier (492-496).

Ruines de la basilique Saint-Jean, Éphèse












