Ce recommencement qui a fleuri au milieu des décombres
«Il m’a dit: je m’appelle Joseph Ratzinger, et je voudrais vous poser quelques questions. C’est alors qu’est née la grande amitié de toute une vie. Nous ne nous sommes jamais perdus de vue; et si nous avions quelque chose à nous dire, nous nous téléphonions». Rencontre avec le professeur Alfred Läpple, préfet du futur successeur de Pierre au séminaire de Freising
Interview d'Alfred Läpple par Gianni Valente et Pierluca Azzaro

Le jeune Joseph Ratzinger, le jour de sa première messe, le 8 juillet 1951
Il neige à Gilching et il neige dans presque toute la Bavière. Et c’est là derrière, sur ces collines, en 1943, que le jeune Ratzinger a fait son service militaire pendant la guerre, dans la défense contre aérienne. Le vieux professeur – titulaire d’une chaire de pédagogie, il a fait une carrière universitaire prestigieuse et il a écrit 150 livres de spiritualité, théologie, exégèse, histoire de l’Église et histoire de l’art publiés dans le monde entier – a le cœur jeune: il est sorti ce matin en bras de chemise, avec sa pelle, pour déblayer la petite allée de son jardin. On nous raconte même qu’à quatre-vingt-dix ans, il n’a pas peur de conduire sa nouvelle Mercedes. Mais aujourd’hui, c’est le fil de ses souvenirs qui le conduit au long des sentiers de sa vie passionnée. Dans son salon ensoleillé, il nous révèle le secret d’une amitié vieille de soixante ans, qui est aussi le récit des débuts d’un jeune homme qui serait devenu le successeur de Pierre.
Quand avez-vous connu Joseph Ratzinger?
ALFRED LÄPPLE: C’était le 4 ou le 5 janvier 1946. Je venais de revenir d’un camp américain de prisonniers. Lorsqu’en 1939, plus de sept ans auparavant, j’avais dû partir comme soldat dans la Luftwaffe, il me manquait seulement un an pour devenir prêtre. J’avais donc appelé le séminaire de Freising dès mon retour pour savoir ce que je devais faire. J’avais parlé avec le nouveau recteur, Michaël Höck, un prêtre qui avait survécu à cinq ans d’internement dans les camps de Sachsenhausen et de Dachau où il avait fini pour avoir écrit des articles contre Hitler dans le journal du diocèse. Je le connaissais déjà, parce qu’il avait été mon préfet des études au petit séminaire.

Ci-dessus, la Frauenkirche de Munich en 1944, dévastée par les bombardements alliés.
LÄPPLE: Il m’a dit: cher Alfred, je t’attendais, je t’ai réservé une belle tâche. Tu devrais être préfet des études pour les nouveaux, ceux qui n’ont jamais été au séminaire. Alors j’y suis allé, et il m’a accompagné dans la salle la plus grande du séminaire (roter Saal), qui d’habitude était réservée aux célébrations solennelles. On y avait mis des tables et des bancs, et il y avait soixante débutants. Le recteur Höck leur a dit: chers amis, voici l’homme que je vous ai trouvé, c’est le meilleur, vous en serez contents. Les deux frères Ratzinger se trouvaient parmi ces soixante étudiants. Quelques jours après, au cours d’une pause, un jeune que je ne connaissais pas encore s’est approché de moi. Il m’a dit: je m’appelle Joseph Ratzinger, et je voudrais vous poser quelques questions. C’est de ces questions qu’est né notre premier travail en commun. C’est là qu’ont commencé toutes les conversations, les promenades, les discussions passionnées et les travaux en commun. C’est alors qu’est née la grande amitié de toute une vie. Nous ne nous sommes jamais perdus de vue; et si nous avions quelque chose à nous dire, nous nous téléphonions et nous nous écrivions souvent.
Pour un préfet de séminaire, vous aviez un curriculum insolite: la guerre, le camp de prisonniers... Comment cela s’est-il passé?
LÄPPLE: J’avais été dans la Luftwaffe, entre 1939 et 1945, et puis j’ai été fait prisonnier par les Américains en Allemagne, en Westphalie, près de Hamm. De là, j’avais été déporté en France et j’avais failli être embarqué pour l’Amérique, mais la guerre a pris fin entre avril et mai 1945 et on nous a transférés dans un camp de prisonniers près du Havre. Nous étions presque un demi million, divisés en groupes de mille. Je parcourais le camp avec un aumônier militaire américain auquel je servais d’interprète, et je me suis aperçu qu’il y avait énormément de prêtres, de séminaristes, de pasteurs protestants, d’étudiants en théologie. Il y en avait même quelques uns que je connaissais. J’ai réussi à les faire mettre dans un camp à part. Ils étaient plus de trois cents, entre catholiques et protestants. Nous avons même organisé dans le camp des cours de théologie qui ont été publiés par la suite. Comme en-tête, j’avais écrit ces mots de Kierkegaard: «Le christianisme, ce n’est pas une doctrine, c’est une vie qui se communique». Je n’avais pas encore fait la connaissance de Ratzinger, mais c’est dans cette perception commune que nous nous serions rencontrés, c’est de cela que nous aurions parlé avec ferveur».
Quand vous êtes parti pour la guerre, vous étiez sur le point de devenir prêtre. Où aviez-vous fait vos études?
LÄPPLE: Je suis né en 1915. Après trois ans de théologie et de philosophie à l’école supérieure de Freising, j’avais commencé mes études universitaires à la faculté de Théologie de Munich et j’avais commencé, sous la direction de mon professeur Theodor Steinbüchel, à travailler à une dissertation de théologie sur le thème de la conscience de l’individu dans l’Église selon Newman. Mais la faculté de théologie de Munich avait été fermée par les nazis en 1939, parce que le cardinal von Faulhaber avait refusé son autorisation à un professeur hitlérien, le docteur Hans Barion, qui était membre du parti national-socialiste (NSDAP) depuis 1933. Et ensuite, la guerre avait commencé...
Un jeune qui va bientôt devenir prêtre, passionné par Newman et par le personnalisme... Dans quel état d’esprit partait-il pour la guerre?
LÄPPLE: Son cœur était partagé. Aujourd’hui, il est facile de dire que nous aurions pu dire non. Mais à l’époque, l’objection de conscience menait tout droit à la mort. J’avais été envoyé dans une école d’officiers de Baden, près de Vienne, mais j’ai refusé de devenir officier. Je pensais: si Hitler gagne, je ne deviendrai jamais prêtre. Je finirai comme simple soldat, peut-être en Norvège, ou bien en Afrique du Nord. Si je veux devenir prêtre, alors l’Allemagne doit perdre. C’était cela, mon tourment. C’était la tragédie qui se présentait à nous, et que beaucoup ont eu le courage de raconter tout de suite après la guerre.
C’est-à-dire?
LÄPPLE: Je venais de revenir du camp de prisonniers lorsque j’ai été écouter une conférence de l’écrivain Ernst Wiechert à Munich. Je n’ai plus oublié ses paroles: «Pensez-y bien, mes amis, et permettez même que l’on puisse le crier à ceux qui ont eu la victoire sur le peuple... Nous savons que par milliers, ils ont tourné le dos aux démons, et que petit à petit, ces milliers sont devenus des centaines de milliers, des millions... Je sais qu’ils n’avaient pas le courage d’ouvrir la bouche, parce qu’ouvrir la bouche, cela voulait dire mourir. Ils étaient obéissants, ils étaient silencieux, mais chacun des pas de leur vie était un pas dans les épines. Et la nuit, quand personne ne les voyait, ils tendaient leurs mains vers Dieu et ils priaient pour la victoire de l’ennemi. Le monde sait-il ce que signifie cette prière? Le monde sait-il ce qu’un peuple doit avoir souffert pour prier de cette manière?».
Dachau n’est pas loin. Saviez-vous ce qui se passait là-bas?
LÄPPLE: J’avais des amis qui avaient travaillé à Dachau, et je savais quelque chose, mais ils me disaient tous: Alfred, je ne peux pas parler. Si je dis quelque chose, je retourne là-bas et je n’en reviens plus.
Et ici, juste derrière chez vous, on trouve les collines où le jeune Ratzinger avait fait son service militaire dans la défense contre aérienne, à Gilching...
LÄPPLE: Il parle lui-même de cette période dans son autobiographie. Lui aussi, d’ailleurs, il avait fini dans un camp de prisonniers américain d’où il était sorti le 19 juin 1945. Je me souviens bien de cette date parce que c’est le jour de mon anniversaire, et que ce jour-là, j’avais eu trente ans.
Est-ce que l’horreur dont vous sortiez conditionnait le climat du séminaire qui venait de rouvrir ses portes?
LÄPPLE: On trouvait tous les jours dans les journaux les récits du procès de Nüremberg ou les photos des montagnes de cadavres des camps de concentration. Nous nous demandions comment tout cela avait pu être possible. Mais toutes ces choses ont produit la réaction suivante de notre part: maintenant, il faut repartir à zéro. D’abord, nous étions contents que la guerre ait pris fin, nous n’en pouvions plus de ces choses de la guerre. Nous voulions devenir prêtres. Nous étions contents de pouvoir enfin nous mettre à l’étude.

L’institut Georgianum, qui accueillait les étudiants de la faculté de Théologie de Munich
LÄPPLE: C’était comme repartir à zéro. C’était fini, basta, il fallait en finir de parler de ces choses. Nous savions qu’après, dans le confessionnal, nous aurions vu venir à nous les victimes et aussi les bourreaux. Ils nous auraient raconté: moi, j’étais dans le camp de concentration. Ou bien: moi, j’étais dans la Résistance. Ou encore: moi, j’étais en guerre et j’ai tué des partisans.
Pardonnez-moi si j’insiste. Un séminaire rouvrait ses portes. Vous vous prépariez à témoigner de votre foi chrétienne parmi les gens qui avaient vu leur vie bouleversée par le nazisme et par la guerre. Une question commune sur ce qui s’était passé n’a-t-elle pas surgi?
LÄPPLE: Je le répète, nous étions sous le choc de ce qui s’était passé. Penser que des chrétiens avaient fait les camps de concentration... Il n’y avait rien à discuter, aucune réponse de notre part n’aurait pu expliquer. Hitler n’a jamais quitté l’Église... Mais devant ces choses, cela n’avait pas de sens de ressasser tout cela entre nous. C’était Dieu qui nous avait sauvés, c’était Lui qui nous avait fait sortir de l’abîme et Lui seul pouvait guérir les cœurs avec Son pardon. C’était comme si la fin de la guerre nous avait fait cadeau, une deuxième fois, de la vie. Il n’y avait qu’à remercier Dieu par nos vies, en étant de bons prêtres. À partir de ce moment, nous aurions servi nos fidèles, et pas seulement pour quelques heures, mais pour toujours.
Dans ce séminaire, comme le raconte Joseph Ratzinger, il y avait aussi des séminaristes de trente ou quarante ans qui avaient dû interrompre leurs études pour partir à la guerre et qui en avaient vécu les horreurs...
LÄPPLE: Il y avait même parmi eux des hommes qui avaient eu des postes de commandement. Après mon ordination, ils venaient tous se confier à moi, parce que j’étais celui qui avait fait la guerre. Ils disaient: je ne peux pas aller voir le recteur, lui, il a été en camp de concentration, il n’a pas fait la guerre, il ne peut pas comprendre... Il y avait entre eux un pacte non écrit: personne ne savait où avait été l’autre ni ce qu’il avait fait.
Qu’est-ce qu’ils vous racontaient?
LÄPPLE: Ils me demandaient: j’ai fait ceci, j’ai fait cela. En conscience, pourrai-je devenir un bon prêtre? Je me souviens de l’un d’entre eux, qui avait été major et qui avait tué des gens. Il disait: je ne peux pas devenir prêtre. Chaque fois que je commencerais la messe en disant «Dominus vobiscum», n’importe qui pourrait se lever et hurler: tu es un assassin. Au cours de la retraite de Russie, un autre avait achevé un de ses camarades, blessé et amputé d’une jambe, qui l’implorait de le tuer pour ne plus souffrir. Il me disait: mon père, je l’ai tué. Mais s’agissait-il vraiment d’un homicide?
Et que répondiez-vous?
LÄPPLE: J’essayais de les réconforter. Je leur disais: si j’avais été à ta place, j’aurais fait pire.
Vous nous avez dit au début qu’à votre première rencontre, Joseph Ratzinger était venu, lui aussi, vous poser des questions. Qu’est-ce qu’il vous a demandé?
LÄPPLE: Il m’a demandé: comment avez-vous pu garder la foi pendant toute la guerre?
Et qu’avez-vous répondu?
LÄPPLE: Je lui ai dit que c’était à cause des prières de ma mère, dont il a voulu ensuite faire la connaissance. Et je lui ai dit que je savais que le Christ m’aimait, et que si la guerre me laissait la vie, ç’aurait été par le Christ que ma vie aurait été consumée.
Comment la vie était-elle organisée au séminaire de Freising?
LÄPPLE: La moitié du séminaire était encore affectée à un hôpital et accueillait les blessés des armées alliées, mais nous avons tout de suite cherché à organiser la vie d’un séminaire normal. Les jeunes dormaient dans de grandes chambrées, par groupe de quarante, chaque lit était entouré d’une sorte de rideau blanc qui formait une séparation. Le réveil était à 5h 30, et puis il y avait la messe, le petit déjeuner, les cours. Les cours concernant les matières relatives à la pastorale se tenaient au séminaire, comme le prescrivaient les règles introduites pendant la sécularisation. En revanche, les cours plus scientifiques avaient lieu à l’École supérieure de Philosophie et de Théologie, qui était un institut public hébergé dans l’édifice proche du séminaire. Après le déjeuner, les séminaristes étaient libres, ils se promenaient puis se remettaient à l’étude. Le soir, après le dîner, il y avait une méditation ou une conférence, et puis nous allions dormir contents. Comme il n’y avait pas de chauffage, on ne tardait pas à se mettre sous les couvertures, car les chambrées devenaient vite glaciales...
Les frères Ratzinger se faisaient-ils remarquer de quelque manière?
LÄPPLE: Ils étaient toujours au premier rang pendant les cours. Pour les distinguer, les étudiants les appelaient Orgel-Ratz et Bücher-Ratz, le Ratzinger de l’orgue et le Ratzinger des livres. Georg, le frère de Joseph, était déjà musicien. Comme vous le savez, il a dirigé jusqu’à une époque récente les Regensburger Domspatzen, les “moineaux de la cathédrale”, le célèbre chœur d’enfants de la cathédrale de Regensburg.
Qu’est-ce qui vous frappait le plus chez Joseph?
LÄPPLE: Il était comme une éponge sèche qui absorbe l’eau, presque avec avidité. Quand il découvrait quelque chose de nouveau dans ses études, quelque chose qui pouvait corriger ou frayer de nouvelles voies par rapport à ce qu’il savait déjà, il s’enthousiasmait, il avait hâte de la communiquer aux autres. Nous passions tous les deux des heures à discuter en nous promenant, passant d’un sujet à l’autre... Je me souviens comme si c’était hier du jour où nous avons parlé d’une phrase dans laquelle Nietzsche dit que les chrétiens doivent avoir l’air de quelqu’un qui a été sauvé pour qu’on puisse croire à leur Sauveur. Il est venu à la messe pendant laquelle j’ai été ordonné prêtre par le cardinal von Faulhaber, le 29 juin 1947, à Freising; et ce jour-là aussi, il m’a posé de nombreuses questions.

Le professeur Läpple montre la traduction de la Quæstio disputata de saint Thomas d’Aquin sur la charité, réalisée par Joseph Ratzinger en 1946
LÄPPLE: Il me demandait: Qu’arrive-t-il au moment de la consécration, pendant la messe? Quel est l’auteur d’un tel mystère? Est-ce que c’est moi? Est-ce qu’il y a une sorte de force magique? Voilà le genre de questions qu’il m’a posées ce jour-là, mais surtout le jour de ma première messe à Partenkirchen, le 6 juillet 1947. Nous avons parlé pendant des heures à cette occasion, en nous promenant près de la piste construite pour les Jeux Olympiques de 1936. Je lui ai de nouveau cité un passage de saint Jean Chrysostome (je l’avais lu pendant les exercices spirituels de préparation à l’ordination) dans lequel il était écrit que le prêtre prête au Christ son être, ses mains, ses paroles, mais que c’est le Christ Lui-même qui fait le miracle de changer le pain et le vin en chair et en sang. En 1997, à l’occasion de mes cinquante ans de sacerdoce à Munich-Pasing, Ratzinger m’a envoyé cette lettre dans laquelle il rappelle combien ce jour a été important pour lui.
Pouvez-vous nous la lire?
LÄPPLE: «Dans ce jour de fête», m’écrit-il en me rappelant cette promenade, «j’ai fait, beaucoup plus qu’avant, l’expérience de ce que veut dire pouvoir être le prêtre de Jésus Christ dans Son Église. Toi-même, tu m’as dit alors combien tu avait été ému de pouvoir dire les paroles mêmes de Jésus pour la transformation du pain et du vin, en Lui donnant ta voix, ta parole et ton être». Pour ma première messe, que j’ai dite à Partenkirche, mon village natal, j’ai demandé à Ratzinger de m’accompagner comme cérémoniaire.
Vous étiez déjà un spécialiste de Newman. C’est vous qui avez transmis à Ratzinger votre intérêt pour le cardinal-théologien anglais...
LÄPPLE: Newman n’était pas un auteur comme les autres. Il nous passionnait. J’avais choisi comme sujet de thèse “La conscience chez Newman”. J’ai passé mon doctorat en juillet 1951, une semaine après l’ordination de Ratzinger. Il m’a aidé, il a traduit dans son latin classique les thèses qui devaient être soutenues dans une conférence publique à l’université de Munich pour obtenir le doctorat. Il régnait entre nous cette grande liberté d’observer et de juger les choses, la liberté des enfants de Dieu dont parle saint Paul. C’est pour cela que Newman nous fascinait. Comment cet homme, qui avait vécu en homme libre dans le cadre de l’anglicanisme, comment un homme semblable se comporte-t-il par rapport à la doctrine catholique de la primauté dans l’Église? Peut-on jamais penser qu’il acceptera cette doctrine comme une limite à sa liberté? C’est moi qui ai fait lire à Ratzinger cette phrase de Newman qu’il a souvent citée par la suite...
Laquelle?
LÄPPLE: La fameuse phrase de la Lettre au duc de Norfolk: «Certes, si je devais porter un toast à la religion après un repas – chose assez peu indiquée –, je boirais à la santé du pape. Mais d’abord à la santé de la conscience, et ensuite à celle du pape».
Au cours de ses études au séminaire, voyait-on déjà percer les premières “impatiences” de Ratzinger?
LÄPPLE: Le philosophe de Freising était Arnold Wilmsen, d’orientation néoscholastique. Ratzinger ne m’en a jamais beaucoup parlé, peut-être parce qu’il ne voulait pas manquer de courtoisie. Mais les cours de Wilmsen glissaient sur lui comme de l’eau sur les ailes d’un canard. Il me disait: je regrette de perdre du temps, il me serait beaucoup plus utile d’aller me promener avec toi...
Qu’est-ce qui n’allait pas dans la néoscholastique?
LÄPPLE: Il l’a même écrit dans son livre. Wilmsen, qui avait adhéré au néothomisme qu’il avait étudié dans les facultés romaines, lui apparaissait comme quelqu’un qui ne se pose plus de questions, et qui ne pense qu’à défendre de toute remise en question les vérités qu’il pense posséder.
Et pourquoi cela faisait-il problème à Ratzinger?
LÄPPLE: Il ne s’agit pas tant de doctrines philosophiques divergentes que d’une conception de l’homme. L’homme est toujours quelqu’un qui pose des questions, et quand il pense avoir répondu à une question, il en a déjà une autre à poser, encore plus grande. Ratzinger a toujours été fâché par cette impulsion qui pousse à considérer la vérité comme un objet qu’on possède et qu’il faut défendre. Il ne se sentait pas à son aise avec les définitions néoscholastiques qui lui apparaissaient comme des barrières: ce qui est contenu dans la définition serait vérité, et ce qui est en dehors ne serait qu’erreur. Mais si Dieu est en tout lieu, disait-il, je ne peux certainement pas élever des barrières et dire: Dieu n’est qu’ici. Et si le Christ Lui-même a dit qu’il était la Voie, la Vérité et la Vie, la vérité est un Toi qui aime en premier. Selon lui, on ne connaît pas Dieu parce qu’Il est un summum bonum que l’on réussit à saisir et à démontrer par des formules exactes, mais parce qu’Il est un Toi qui vient à la rencontre et qui se fait reconnaître. L’intelligence peut essayer de construire des concepts qui définissent de vrais contenus. Mais pour Ratzinger, il s’agit d’une théologie qui prétend sectionner le mystère, pas d’une théologie qui sait se mettre à genoux. Déjà à l’époque, ce genre de théologie ne l’intéressait pas. Nous, les Bavarois, nous dirions que ce n’était pas sa chope de bière.
LÄPPLE: Ratzinger n’aimait pas les livres abstraits, avec des titres du genre: “L’essence du christianisme”... etc. Cela ne l’intéressait pas de définir Dieu par des concepts abstraits. Il a dit un jour qu’une abstraction n’avait pas besoin d’avoir une Mère. Dieu ne vient pas à notre rencontre comme une définition abstraite, comme un summum bonum, mais comme un Toi qui t’aime en premier et auquel tu peux dire merci. On ne peut dire oui qu’à un Toi. Il retrouvait par exemple cette approche chez Martin Buber, le philosophe personnaliste juif qui disait que le meilleur discours sur Dieu, c’est de Lui rendre grâce. Mais c’était aussi pour cela que nous aimions Newman, qui avait choisi “Cor ad cor loquitur” comme devise épiscopale.
En 1947, après ses études philosophiques, Ratzinger avait commencé à suivre les cours de la faculté de Théologie de Munich. Et vous, que faisiez-vous à l’époque?
LÄPPLE: De mon côté, j’ai été chapelain pendant l’année qui a suivi mon ordination et ensuite, en 1948, je suis retourné au séminaire de Freising pour tenir le cours de Pastorale et Sacrements. Mais je devais encore terminer mes études de théologie et compléter ma thèse de doctorat sur Newman, ce qui a fait que j’ai retrouvé Ratzinger à Munich où nous avons suivi quelques cours ensemble. L’université avait été détruite par les bombardements et la faculté de Théologie s’était provisoirement installée au Fürstenried, l’ancienne résidence de chasse des souverains bavarois, au sud de Munich. Je me souviens qu’au début, les cours se tenaient dans une serre, irrespirable l’été et glaciale en hiver.
La faculté de théologie de Munich avait une tradition prestigieuse, dominée par une approche du christianisme comme fait historique...
LÄPPLE: Oui, mais là aussi, après la fermeture imposée par les nazis en février 1939 et après la guerre, on repartait à zéro. Il n’existait plus d’école de théologie homogène. Les anciens professeurs étaient peu nombreux, et les nouveaux venaient de facultés de théologie et d’expériences différentes. Le corps enseignant était très varié. Et dans ce climat, les étudiants eux mêmes prenaient leurs libertés...
Que voulez-vous dire?
LÄPPLE: Il leur arrivait de s’inscrire aux cours, puis de les déserter si le professeur ne les intéressait pas; un étudiant prenait des notes et il les passait aux autres. Et puis, en bibliothèque, ils dévoraient les livres qui exprimaient les nouvelles tendances théologiques.
Quels étaient les “poids lourds” de la faculté?
LÄPPLE: À mon avis, les professeurs les plus importants étaient au nombre de trois: Gottlieb Söhngen, Michael Schmaus et Friedrich Wilhem Maier.
Quels sont vos souvenirs de Söhngen, le “maître” de Ratzinger?
LÄPPLE: Il donnait un cours de Théologie fondamentale et sa manière d’enseigner était impressionnante. On voyait qu’il vivait et qu’il souffrait ce qu’il expliquait. Il venait avec un petit bout de papier sur lequel étaient écrits deux ou trois mots et une série de questions. Il parlait sans notes et si une idée fulgurante lui venait à l’esprit pendant le cours, il quittait la chaire et s’approchait des étudiants comme pour leur parler en tête-à-tête. Il venait de la philosophie, mais la théologie était devenue son destin, comme l’a dit Ratzinger dans son homélie lors de ses funérailles. Sa théologie n’était pas une théologie de concepts, mais une théologie existentielle, une théologie pour la foi.
On n’ignore pas ses désaccords avec Schmaus.
LÄPPLE: Söhngen était très ouvert aux nouveaux courants qui venaient de la France, et puis c’était un homme de Cologne, un homme lumineux, gai, extroverti, fascinant. En revanche, Schmaus était le classique professeur détaché, imbu de son rôle dans lequel il s’enfermait. Il venait de l’école néoscholastique, même s’il ravivait l’exposition de la dogmatique catholique en puisant dans les Pères de l’Église et dans les Écritures avec une immense érudition. Söhngen estimait que les travaux de Schmaus n’étaient qu’une richissime succession de citations tirées des sources sur les différentes questions de théologie, mais que celle-ci manquait d’une vision qui tienne compte des développements de la philosophie moderne et des questions qu’elle posait. Schmaus écrivait des œuvres de théologie dogmatique monumentales.
Et quels étaient les facteurs théologiques de ces divergences?
LÄPPLE: Pour Schmaus, la foi de l’Église devait être transmise à travers des concepts définitifs, statiques, qui définissent des vérités pérennes. Pour Söhngen, la foi était mystère, et elle se communiquait à travers une histoire. On parlait beaucoup à l’époque de l’histoire du salut. Il y avait un facteur dynamique, qui garantissait une ouverture et une attention vis-à-vis des questions nouvelles.
Qu’est-ce que Ratzinger a appris de Söhngen?
LÄPPLE: D’habitude, Söhngen ne portait jamais de jugement définitif sur un auteur, quel qu’il soit. Il ne refusait jamais a priori un nouvel apport, quelle que soit son origine. Il avait pour méthode de recueillir et de mettre en valeur tout ce qu’on pouvait trouver de bon chez chaque auteur, dans chaque perspective théologique, pour intégrer les nouveautés dans la tradition et aller ensuite de l’avant, en indiquant le développement ultérieur qui pouvait s’ensuivre. Mais Ratzinger a aussi vu chez Söhngen le goût de redécouvrir la tradition, entendue comme théologie des Pères de l’Église, et le goût de faire de la théologie en puisant aux grandes sources: de Platon à Newman, en passant par Thomas, par Bonaventure, par Luther. Et bien sûr, par saint Augustin...

Joseph Ratzinger à dix-sept ans, en uniforme d’auxiliaire de la Luftwaffe, pendant son service militaire à la défense contre aérienne à Gilching
LÄPPLE: La passion de Ratzinger pour Augustin avait déjà commencé au séminaire. C’était une passion existentielle. Je me souviens d’un cours dans lequel Söhngen avait expliqué qu’avant Augustin, tous les auteurs – Platon, Xénophon, Jules César – avaient toujours parlé à la troisième personne. Le saint évêque d’Hippone avait été le premier à dire “Je”. Là était la percée.
Comment s’établissait le rapport maître-élève?
LÄPPLE: Söhngen n’avait pas l’habitude de “modeler” ses élèves, d’en faire des clones. Ratzinger était libre par rapport à son maître. Cela se voit aussi dans sa thèse de doctorat...
De quelle manière?
LÄPPLE: Au départ, la question était de comprendre quelle était la meilleure définition de l’Église. Le 29 juin 1943, Pie XII avait publié l’encyclique Mystici Corporis Christi, qui définissait l’Église comme le Corps mystique du Christ. Söhngen avait remarqué que cette définition ne se retrouvait pas dans la bible et il avait suggéré à Ratzinger de vérifier si saint Augustin appliquait d’autres définitions à l’Église.
Qu’est-ce qui n’allait pas dans la définition de l’Église comme Corps mystique du Christ?
LÄPPLE: Il y avait par exemple une question: si l’homme, lorsqu’il entre dans l’Église, y entre comme déjà englobé dans le Corps mystique du Christ, comment peut-il continuer à pécher? Et qu’en est-il de la liberté? Les découvertes de Ratzinger ont surpris et enthousiasmé son maître.
Et qu’est-ce que l’élève a trouvé?
LÄPPLE: Ratzinger a trouvé beaucoup plus que ce que son maître lui avait suggéré de chercher. Il a démontré, en s’appuyant sur une quantité incroyable de citations, ce qu’entendait saint Augustin lorsqu’il définissait l’Église comme peuple de Dieu, cette même expression qui aurait été reproposée, des années après, par le Concile Vatican II et par Paul VI. Mais Ratzinger n’opposait pas les deux définitions de l’Église; bien au contraire, il les conciliait.
Et comment Söhngen l’a-t-il pris?
LÄPPLE: Il disait: maintenant mon élève en sait plus que moi, qui suis son maître! Söhngen tenait en grande estime celui qu’il considérait comme son meilleur élève. Il lui est arrivé de dire qu’il se sentait comme saint Albert le Grand au Moyen Âge, lorsqu’il disait que son élève aurait crié plus fort que lui. Et cet élève, c’était saint Thomas d’Aquin! Il était content que quelqu’un sache développer ses suggestions de manière originale, non préétablie.
Dans son autobiographie, Ratzinger révèle que vous aussi, vous avez eu une influence déterminante sur sa thèse de doctorat sur saint Augustin, puisque c’est vous qui lui aviez offert en 1949 le livre Catholicisme du jésuite Henri de Lubac...
LÄPPLE: Je le lui avais offert en pensant que j’allais lui faire une belle surprise. Et en effet, il écrit dans son autobiographie que ce livre est devenu son texte de référence et qu’il lui a transmis un rapport nouveau avec la pensée des Pères de l’Église, mais aussi un nouveau regard sur la théologie. En effet, plus d’un tiers de ce livre était fait de citations des Pères.
Et pourtant, c’est dans ces années-là que de Lubac, Daniélou et les autres jésuites de Lyon ont été interdits d’enseignement, tandis que leurs livres étaient mis à l’Index.
LÄPPLE: Je me souviens du jour où la nouvelle des mesures prises contre eux nous est arrivée. Söhngen n’avait aucune intention d’exciter les esprits, et il n’y a fait aucune allusion pendant son cours. Mais je me souviens qu’après, Ratzinger et moi nous sommes entrés dans son bureau où il y avait un grand piano (Söhngen était aussi musicien et il jouait du piano comme un artiste professionnel) et que sous nos yeux, il a jeté ses livres sur son bureau et sans dire un mot, il s’est mis au piano en déversant toute sa rage sur le clavier.
Dans son autobiographie, Ratzinger écrit que l’exégèse était déjà au centre de ses intérêts à ce moment-là, et que c’était le point de départ de son travail théologique...
LÄPPLE: Il a toujours cité les Écritures. Aujourd’hui encore, on peut voir que dans ses homélies et dans ses plus belles catéchèses, il part souvent d’un passage des saintes Écritures qu’il commente par quelques citations des Pères qui s’y réfèrent; en effet, pour lui, il n’existe pas de bonne exégèse d’un passage de la bible qui ne parte de l’interprétation qu’en a donné l’Église à travers les Pères. Pour lui, c’est là que se trouve la Traditio vivens, la transmission vivante. C’est l’Église qui a défini le Canon, qui a reconnu quels sont les livres canoniques. Ratzinger ne fait pas partie de ces exégètes du “sola Scriptura”. Pour lui, il faut partir de l’adage Christus prædicat Christum. Le meilleur exégète du Christ est le Christ Lui-même, dans l’Église dans laquelle Il œuvre. Ceci comporte aussi une très grande liberté, parce que, comme dit saint Augustin: «In Ecclesia non valet: hoc ego dico, hoc tu dicis, hoc ille dicit, sed hæc dicit Dominus».
Maier, le professeur d’exégèse du Nouveau Testament, avait vécu, lui aussi, des vicissitudes sérieuses...
LÄPPLE: Quand il était jeune chercheur, avant même la première guerre mondiale, il avait soutenu avec enthousiasme la thèse exégétique selon laquelle l’évangile de Marc était le premier à avoir été écrit, et avait servi de source aux autres évangiles synoptiques. Aujourd’hui, cette thèse est communément acceptée, mais à l’époque, tout cela était taxé de modernisme. Les pages contenant les arguments de Maier ont été arrachées du volume d’anthologie dans lequel elles étaient publiées, et Maier lui-même a été interdit d’enseignement. Mais après la seconde guerre mondiale, les choses ont changé et nous avons eu la grande chance d’avoir Maier comme professeur à Munich.

La procession de la Fête-Dieu conduite par le cardinal Michael von Faulhaber dans la ville de Munich détruite par les bombardements, le 31 mai 1945
LÄPPLE: Le professeur Maier se plaçait encore dans la perspective de l’exégèse historico-critique. Mais son approche directe, sa manière de poser les questions sans aucune censure créaient une nouvelle spontanéité dans le rapport avec le texte biblique.
Dans son livre, Ratzinger raconte aussi le rapport qu’il a vécu avec ce qu’on a appelé le mouvement liturgique. À quoi se réfère-t-il?
LÄPPLE: Dans ces années-là, le mouvement liturgique soulignait la centralité de la liturgie pour la vie chrétienne, et il visait à redécouvrir les éléments essentiels de celle-ci en les libérant des ajouts qui s’étaient stratifiés au cours des siècles. Josef Pascher, le professeur de Pastorale, était aussi le directeur du Georgianum, le collège où résidaient les étudiants, et c’était un partisan enthousiaste du mouvement liturgique. Il avait été influencé par les courants français et, dans les débats qui commençaient alors entre ceux qui, dans la messe, soulignaient la théorie du sacrifice et ceux qui, à l’opposé, soulignaient celle de la Cène, Pascher faisait partie de ce dernier groupe. En revanche, Romano Guardini s’était déjà prononcé contre la réduction de la messe à une pure répétition rituelle de la dernière Cène...
Et Ratzinger, quelle était sa position?
LÄPPLE: Pour lui, le caractère de sacrifice ne pouvait pas être mis de côté, mais il ne niait pas non plus que, sur le plan du rite, la messe est aussi une répétition de la dernière Cène, le repas au cours duquel les disciples avaient célébré la Pâque juive. Il a encore manifesté cette capacité d’intégrer les deux positions dans une méditation sur ce sujet, prononcée après son accession au siège de Pierre, pendant le dernier Synode des évêques. Quoiqu’il en soit, Ratzinger estimait Pascher et il a été marqué par sa méthode, qui plaçait la célébration quotidienne de la messe au centre de l’éducation de ses élèves. Il était désappointé quand il se rendait compte qu’un professeur, après avoir étalé toute une série de définitions formelles dans son cours, ne savait pas dire la messe et s’agitait autour de l’autel d’un air absent. Une fois, nous assistions à la messe d’un de ces personnages, et Ratzinger m’a chuchoté: regarde le, il ne se rend même pas compte de ce qui se passe...
Comment la proclamation du dogme de l’Assomption de la sainte Vierge, en 1950, a-t-elle été vécue à la faculté de théologie de Munich?
LÄPPLE: En général, l’accueil a été assez critique. Il n’y avait pas d’objections sur le contenu du dogme, mais sur le bien-fondé de la dogmatisation elle-même. Söhngen soulignait qu’il n’y avait pas trace de la doctrine de l’assomption corporelle de la mère de Jésus dans les sources chrétiennes. Schmaus a même reçu un avertissement de Rome et de l’archevêque parce qu’il avait écrit un texte critique apparu dans le journal du diocèse (Münchner Katholische Kirchenzeitung).
Et Ratzinger?
LÄPPLE: Je crois que lui aussi, il pensait que la dogmatisation n’était pas nécessaire. Nous croyions déjà à l’Assomption corporelle de Marie et nous la célébrions dans nos pratiques de dévotion les plus traditionnelles, comme par exemple la prière du rosaire. Lex orandi, lex credendi. Mais nous pensions que la définition d’un nouveau dogme aurait créé des problèmes pour le dialogue œcuménique qui fleurissait justement à l’époque en Allemagne.
En 1951, après son ordination, Ratzinger commence son ministère comme chapelain. Quels sont vos souvenirs de cette période?
LÄPPLE: Il avait été destiné à la paroisse du Très Précieux Sang de Munich, et il y est resté un an. Avant lui, deux martyrs exécutés par les nazis, le chapelain Hermann Joseph Wehrle, tué le 14 septembre 1944, et le jésuite Alfred Delp, tué le 2 février 1945, y avaient vécu et travaillé. Au cours de cette première année de sacerdoce, il devait enseigner la religon seize heures par semaine, ce qui est beaucoup pour un débutant. Il suivait aussi les groupes des jeunes catholiques, et il se trouvait devant un choix: soit continuer ses études de théologie et entreprendre la carrière académique, soit opter pour le ministère pastoral dans quelque paroisse. Alors j’ai fait quelque chose qui a contribué à résoudre le dilemme...
Qu’avez-vous fait?
LÄPPLE: En 1952, au moment où je m’apprêtais à quitter ma charge d’enseignant de Pastorale des sacrements au séminaire de Freising, j’ai décidé d’aller trouver l’évêque, Mgr von Faulhaber, pour lui dire que mon meilleur successeur aurait été Joseph Ratzinger. Et de fait, il a pris ma place le premier octobre. C’est ainsi qu’a commencé sa carrière académique. Je ne lui ai jamais dit que j’étais allé voir l’évêque pour lui proposer son nom, mais il me plaît de penser que mon intervention a peut-être pu favoriser son parcours.
Ratzinger revient donc vivre à Freising en 1952. En juillet 1953, il passe les derniers examens de doctorat et devient docteur en théologie. Entre temps, toujours sous la direction de Söhngen, il choisit son sujet pour l’examen qu’il faut passer en Allemagne pour obtenir l’habilitation à l’enseignement supérieur. Son choix tombe sur saint Bonaventure. Quel était le sujet spécifique qui lui avait été donné?
LÄPPLE: Ratzinger devait analyser la perspective de saint Bonaventure en ce qui concerne la Révélation. Il y avait à l’époq